-- Test de Persona 4 Golden sur Playstation Vita --

En l'an de grâce 2008, la vénérable PS2 accueillait Persona 4. Ce titre atypique proposait à l'instar de ses prédécesseurs des phases sociales scénarisées de type visual novel entrecoupées d'explorations de donjons générés aléatoirement. Ce curieux mélange, passé presque inaperçu lors de sa sortie en Europe, avait néanmoins séduit les critiques de part son scénario mature et les améliorations apportées depuis Persona 3. Mais voilà que nous parvient en ce début d'année le remake, Persona 4 : The Golden. La console étant coutumière de ce genre de portage optimisé, notre challenger parviendra t-il à tirer son épingle du jeu ?

Fiche technique

Screenshot-titre du test de Persona 4 Golden
Développeur Nippon Ichi Software
Langue Anglais
Difficulté Moyenne
Genre RPG

Une intrigue captivante

Vous, mystérieux adolescent de 16 printemps, débarquez dans la bourgade reculée d'Inaba afin d'envisager une nouvelle année scolaire sous la tutelle d'un oncle taciturne alors que vos bien aimés parents (qui ne vous le rendent visiblement pas) entreprennent un voyage autour du monde. Ex-citadin de votre état, vos premiers pas dans ce milieu rural sont quelque peu délicats mais vous ne tardez naturellement pas à vous faire quelques amis, soutiens indispensables dans l'aventure qui se profile. 

En effet, une étrange série de meurtres vient perturber votre rentrée scolaire. Accompagné de vos petits camarades, vous ne tardez pas à vous lancer dans une enquête visant à prévenir les prochains crimes et à débusquer le responsable de cette sordide affaire. Votre recherche de la vérité vous amène rapidement à traverser un écran de télévision qui vous projette alors dans le déroutant "TV World". Dans cet univers, paradoxalement aussi bariolé que glauque, seront envoyées au cours de l'année à venir les futures victimes que vous devrez retrouver avant que les monstres ne s'en chargent.

Ce sont donc de vastes donjons labyrinthiques, véritables représentations imagées des sentiments refoulés des victimes, que vous arpenterez tout en découpant à foison des shadows, monstres au design plutôt dérangeant, par l'intermédiaire des Personas de votre équipe. Ces dernières ne s'éveillent sous forme de créatures humanoïdes qu'une fois que le personnage auquel elles sont liées aura accepté la facette inavouable qui se trouve en lui. 

Nous voici donc face à un scénario très fortement axé sur la psychologie de ses protagonistes qui bénéficie d'un développement très poussé. L'histoire s'étend sur une année scolaire japonaise et est découpée en différents arcs orientés principalement sur un personnage en particulier. Si le scénario se révèle moins sombre que celui de Persona 3, il a le mérite de bénéficier d'une qualité d'écriture en tous points excellente. Nous interagissons avec des lycéens crédibles, et un certain nombre de niaiseries propres aux intrigues mettant en scène des adolescents nous sont épargnées, bien que l'on n'échappera pas au sempiternel éloge de l'amitié. A déplorer par contre quelques problèmes de rythme dans certaines périodes creuses de l'année scolaire, défaut inhérent au parti pris de vous laisser vaquer librement à vos occupations en parallèle du scénario.

Toutefois, qui dit jeu de niche dit également absence de traduction française. Un niveau correct d'anglais est préférable pour profiter efficacement du jeu sans avoir le nez plongé sans cesse dans un dictionnaire, la langue restant accessible au milieu d'un titre extrêmement bavard qui multiplie les dialogues. Les plus anglophobes d'entre vous ont également la possibilité de s'aider de l'adaptation animée en série "Persona 4 : The Animation" licenciée, sous-titrée et commercialisée en France en décembre dernier.

N'est-il pas un peu tard pour regarder la télévision ?

Notre héros dans sa nouvelle maison.

Une existence ordinaire

Comme mentionné plus haut, Persona 4 the Golden est rythmé par deux phases de jeu totalement différentes, sans être pour autant dénuées de liens. La première, dans laquelle vous passerez la majorité de votre temps, vous plonge dans une vie lycéenne japonaise des plus banales. Chaque jour de l'année doit être alors vécu pleinement : votre personnage se lève le matin, assiste à des cours avant de dépenser à loisir son après-midi et sa soirée dans deux activités de son choix. Il s'agit donc de correctement gérer son emploi du temps et ses priorités. L'une des composantes essentielles de ces phases est la socialisation. Il vous est en effet possible et encouragé de tisser des liens d'amitié et de complicité avec votre entourage en participant à des activités communes ou tout simplement en taillant une bavette avec eux. L'aspect Visual novel devient alors évident avec la multiplicité des réponses qui s'offrent à vous lors des dialogues, choisir la meilleure d'entre elle vous rapprochera plus vite de votre interlocuteur. Il reste néanmoins dommageable que ces choix n'influencent que trop légèrement la suite de vos relations et laissent peu de place au risque et à la surprise.

En sus de l'aspect social, votre vie de lycéen sera ponctuée d'activités propices à améliorer vos caractéristiques comme des interrogations de cour, des sorties scolaires, l'intégration de clubs ou même des petits boulots. Au nombre de cinq, ces statistiques comme le courage, le savoir ou la diligence vous aideront par la suite dans vos relations avec votre entourage. Par exemple, terminer en tête du classement à l'issue d'une semaine d'examens grâce à votre niveau élevé de connaissance incitera vos petits camarades à se rapprocher de vous (les profiteurs...). Ainsi, les activités sont aussi diverses que banales dans la charmante bourgade d'Inaba et nul doute que ce concept particulier reposant en quasi-totalité sur des dialogues en rebutera plus d'un. Mais vous vous doutez bien que le jeu ne s'arrête pas là. Un autre élément crucial à prendre en compte est la météo, plus particulièrement les prévisions météorologiques. En effet, une fois les victimes enlevées et jetées dans le monde de la TV, il vous faudra les secourir avant que la brume ne s'installe dans les rues d'Inaba, ce qui ne se produit qu'après plusieurs jours de pluie. Si vous traînez trop, les shadows se montreront et ne feront qu'une bouchée de la pauvre âme perdue dans cette dimension qui n'est pas la sienne et vous aurez droit à un beau Game Over. Il vous faudra donc suivre attentivement le bulletin météo à la télévision afin d'anticiper la date limite de sauvetage. Ensuite, en avant dans le TV World !

Face aux personnes susceptibles, il faut bien réfléchir avant de répondre.

Pittoresque, vous ne trouvez pas ?

Une aventure extraordinaire

Le scénario vous amènera assez tôt à traverser un écran de télévision menant au mystérieux TV World. Dans cet étrange monde pour le moins inquiétant, vous aurez la dure tâche de partir à la recherche des victimes qui y ont été plongées contre leur gré, enfermées dans des donjons générés par leur inconscient. Ceux-ci sont composés d'une dizaine d'étages cartographiés aléatoirement avec un ou plusieurs boss à la clé, ce qui signifie que chaque exploration sera différente de la précédente. Il s'agit du seul environnement de jeu avec le lycée d'Inaba où évoluerez avec un contrôle total de la caméra dans un espace en 3D. Bien entendu, des affrontements sont au programme : d'étranges ombres tenteront de vous agresser au travers d'un couloir et il ne tiendra qu'à vous de les éviter ou au contraire de les prendre par surprise en les attaquant par derrière.

Les combats se déroulent au tour par tour à la façon d'un RPG classique, points de santé, de magie ("SP") et autres gestions des éléments. Les quatre personnages de votre équipe préalablement sélectionnés attaquent par l'intermédiaire de leur Persona, unique, à l'exception du héros, ce dernier étant le seul en mesure de capturer et de jouxter entre les Personas au gré de ses besoins (c'est le chef après tout...). Chacune de ces curieuses créatures aux aspects très variés possède un panel d'attaques élémentaires et physiques à utiliser intelligemment en fonction des faiblesses et résistances de vos adversaires que l'on est forcé d'éprouver soi-même à ses risques et périls. A noter toutefois que la difficulté de cette version Golden a été légèrement modifiée de manière à rendre le titre plus accessible. Ainsi, les récompenses en fin de combat qui apparaissent sous certaines conditions se font plus généreuses avec entre autres l'arrivée des Skill Cards qui vous permettent d'apprendre des compétences supplémentaires à vos Personas, ou encore la possibilité de bénéficier de quelques bonus d'HP et de SP entre les combats grâce à une aide en ligne d'une utilité et d'un intérêt ludique que l'on cherche encore. De plus, la mort (lorsque votre héros voit ses HP tomber à 0) s'avère particulièrement peu pénalisante puisqu'elle se contente de vous ramener au début de l'étage en cours d'exploration. Mais rassurez-vous, les cinq modes de difficulté sélectionnables au début de la partie devraient assurer un challenge décent aux plus exigeants. Par ailleurs, le décalage de difficulté qui sépare les boss et les monstres communs surprendra sans doute le néophyte avant qu'il ne l'absorbe facilement.

En définitive, une fois accepté le caractère indéniablement répétitif et pas toujours passionnant de l'exploration des donjons, le système de combat solide et ambitieux de Persona 4 devrait être en mesure de vous séduire. Les collectionneurs en herbe, quand à eux, pourront se faire un malin plaisir de collectionner tous les Personas du titre. Au fait, on vous a dit qu'il était possible de les fusionner ?

Les donjons sont parfois déroutants...

Nos quatre amis ne vont faire qu'une bouchée de ce boss.

Une réussite artistique

Nous avons affaire ici à un "lifting HD" d'une PS2 qui n'était pas au meilleur de sa forme malgré une esthétique absolument délectable. Mais contrairement à la plupart des portages HD (sur Vita ?), le travail effectué ici est pour le moins exemplaire. Ainsi, en dépit d'un aspect technique désuet, les couleurs sont plus chatoyantes que jamais, certaines textures ont été refaites et l'écran élargi de la console permet une visibilité optimale, ce qui est d'autant plus appréciable que les menus à ouverture instantanée sont parfaitement clairs et agréables à parcourir. Enfin, ce ne sont certainement pas les temps de chargement supersoniques qui vont ternir le tableau de cette version Vita soignée. Mais là où le bât blesse réside dans les cinématiques animées. Réparties irrégulièrement tout au long de l'histoire (et re-visionnables à volonté), celles-ci, d'assez piètre qualité tant sur le plan technique que graphique ne font ni honneur au chara-design inspiré ni aux moments forts de la trame. On exclura tout de même les quelques nouvelles cinématiques réalisées par le studio Madhouse à l'occasion de ce remake.

Du côté de la bande-son, le résultat est relativement hétérogène. Le monde réel se trouve rythmé par des musiques plutôt classiques qui remplissent leur office sans jamais transcender l'oreille alors que le TV World devient le domaine d'une J-pop électrique. Si ce parti pris ne séduira pas tout le monde, on peut apprécier l'effort d'avoir rajouté quelques nouvelles musiques composées à l'occasion, notamment lors des combats. Les doublages, quand à eux, sont exclusivement en anglais. Comme souvent dans les RPG, il est très dommageable de n'avoir pas jugé bon d'incorporer les voix originales mais on tentera de se consoler en se moquant gentiment de la prononciation particulière des noms japonais par nos amis américains. De façon générale, les doublages sont très corrects malgré quelques prestations assez inégales (qui a dit Teddy ?). On déplorera par contre que les cinématiques ne disposent même pas de sous-titres anglais.

Les combinaisons d'attaques sont propres à ce remake, dommage qu'elles ne se déclenchent qu'aléatoirement.

Izanagi est la première Persona que l'on obtient dans le jeu.

Un contenu très convaincant

Après avoir détaillé un si beau programme, vous vous doutez peut être que la durée de vie de ce Persona 4 : The Golden est une réussite. Eh bien vous n'avez jamais eu autant raison ! Avec environ 365 jours à vivre pleinement, il vous faudra au bas mot une bonne soixantaine d'heures de jeu avant de parvenir à la véritable fin de l'histoire, car en effet, il y a plusieurs fins...

Comme d'habitude, le joueur complétiste sera servi avec les 50 trophées à débloquer, la collection de toutes les Personas et skill cards du jeu, l'optimisation de vos caractéristiques et surtout la maximisation des liens sociaux ! Pour vous aider à atteindre cet objectif sans avoir à recourir au New Game +, The Golden propose en outre un mois supplémentaire afin de mettre vos affaires en ordre. Comble du luxe, un bon paquet de contenu bonus est présent dans la section "TV Listings" à l'écran titre. Vous aurez alors l'embarras du choix entre les traditionnelles écoutes de l'OST, le visionnage des cinématiques (incluant l'ancienne introduction de Persona 4), des vidéos de concert, de véritables cours approfondissant certains aspects de l'univers et j'en passe...

Les menus sont agréables à parcourir.

L'est pas beau mon lycée, l'est pas beau ?



AU FINAL...

Qualité visuelle

Ce n'est pas aujourd'hui que la PS Vita crachera ses tripes, mais l'esthétique générale est si audacieuse et rafraîchissante que l'on a toujours envie de savoir quel étrange donjon nous attend dans le prochain arc.

 16

Qualité sonore

Le travail au niveau des musiques, réellement surprenant, est un énorme support pour l'ambiance si déjantée et typiquement japonaise du titre. Cela rend d'autant plus regrettable l'imposition des doublages américains, bien qu'il restent réussis dans l'ensemble.

 15

Background

Alterner entre l'attachante bourgade d'Inaba et l'inquiétant TV World en interagissant avec des personnages habilement développés sur le plan psychologique est un véritable bonheur. On a définitivement envie de découvrir le fin mot de cette histoire dont le mystère s'épaissit à chaque arc. Attention, risque d'addiction !

 18

Interface - Jouabilité

Confort est le maître mot d'une interface optimisée au poil. Rarement naviguer entre les différents menus n'a été aussi intuitif. Si le fond ne fait pas particulièrement preuve d'originalité, il a le mérite d'être soigneusement enrobé.
Attention cependant, les contrastes faibles de l'interface peuvent poser problèmes à certains daltoniens.

 14

Durée de vie - Rejouabilité

Si vous craignez de vous ennuyer sur PS Vita, The Golden est fait pour vous. Le contenu d'origine déjà conséquent, couplé à un bon paquet d'ajouts promet des sessions de jeu aussi longues que nombreuses. Seuls les plus persévérants parviendront à décrocher le trophée de platine.

 17

Gameplay - Intérêt

S'il n'est pas inédit, proposer deux types de gameplay parfaitement distincts tant sur le fond que sur la forme est un pari intéressant. Malgré un aspect répétitif, le tout s'avère suffisamment riche pour intriguer le joueur curieux. On préférera tout de même légèrement les phases sociales à l'exploration des donjons.

 16

CONCLUSION

L'appréciation des jeux se résume bien souvent à une affaire de goût, ceci n'a jamais été aussi vrai que pour Persona 4 : The Golden. Cette version royale du titre d'Atlus a tout pour faire briller les mirettes des fans du genre mais écartera irrémédiablement la plupart des joueurs occidentaux, un jeu de niche par excellence en somme. Depuis de nombreux mois, la PS Vita traverse une période de disette des plus délicates, renforcée par son relatif échec commercial. Si ce "nouveau" titre ne devrait pas faire vendre la machine high tech de Sony par camion, on ne peut que se réjouir de pouvoir en profiter en version boîte, malgré une sortie très tardive en Occident.

16/20

Commentaires

herbert,

Bravo Evolix pour ce test très bien rédigé et intéressant.

prout,

Pas pris le temps de le lire mais je commenterai, promis ^^

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